Romain Vicari

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Zé Pelintra

Exposition 25 mai/ 4 juin 2018

De sa vie au Brésil Romain Vicari a rapporté un goût pour l’esthétique urbaine, le foisonnement des couleurs, l’hybridation des formes et des cultures. Empruntant à plusieurs religions afro-brésiliennes comme Umbanda et Catimbó, il crée ici un environnement inspiré de Zé Pelintra. Esprit-patron des bars, des tripots et autres lieux de fêtes et de bohème, Zé Pelintra est un viveur, un être nocturne, dissipé et rusé, incarnant la frénésie de la nuit, l’élégance et la justice dans les milieux populaires. En prenant possession du lieu d’exposition, Romain Vicari fait de l’espace entier une œuvre hybride et éphémère, un collage syncrétique de couleurs, de formes, de textures, d’objets, de sons et d’odeurs, attirant les visiteurs au cœur de la flamboyance de l’esprit de Zé Pelintra.

L’acier, le plâtre et la résine composent cet environnement en chantier, espace intermédiaire où se dissolvent les limites entre intérieur et extérieur. Dans cet entre-deux de rouge et de blanc—couleurs du costume traditionnel de Zé Pelintra—un mur au motif grillagé suggère les murs terreux des maisons de culte, le sable s’accumule dans les coins et une fenêtre, partiellement envahie d’un rouge sanglant, ne s’ouvre sur aucun au-dehors. Des lianes de métal qui s’agrippent aux poutres pendent d’étranges fruits écarlates et résonnent de temps à autre dans cet espace pourtant clôt les chants d’invisibles oiseaux.

Sur l’autel carrelé s’alignent des moulages à l’aspect décrépit, réminiscents de plaisirs interdits : briquet, moulin à herbe, fragments de corps… Répondant à ces objets de vices devenus objets de piété, l’espace dissimule aussi quelques symboles Chrétiens, tandis que la lumière des bougies électriques qui palpitent doucement au sol évoquent quelque rituel sacré. La fumée du Palo Santo, bois traditionnellement utilisé en Amérique du Sud pour purifier les lieux et éloigner les mauvais esprits, s’insinue dans l’espace et dans le corps de ceux que le traverse. Et dans cette atmosphère ambigüe où semble être célébré le culte de la fête, monte une incantation, d’abord joyeuse et festive, bientôt interrompue de rires inquiétants, de bruits mécaniques et d’échos plus sombres, évoquant ces festivités excessives qui prennent parfois un tour presque effrayant…

Au cœur de ce théâtre de cérémonial contemporain, l’artiste lui-même, masqué, vêtu de rouge et de blanc, la chevelure frisée et rougeoyante, incarne un Zé Pelintra carnavalesque, mêlant les influences et les époques. Ainsi performée, l’installation devient une expérience vivante et le chamanisme urbain de Romain Vicari prend des allures d’art total.

Installation réalisée avec l’aide de Vox Populi Record (son), Lise Stoufflet (masques), Le Dot Coloriste (coiffure).

Clara Muller